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Enracinés et fondés dans l'amour (Eph 3,17)
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Assemblée générale de l’antenne française du Réseau

« Foi et justice. Afrique –Europe ».

Depuis décembre 1999 la congrégation des sœurs de l’Immaculée est membre de ce réseau dont l’objectif est de dénoncer les situations d’injustice en Afrique et de contribuer à les faire changer en agissant sur nos autorités politiques et économiques en France. Deux fois par an, nous participons au Forum des correspondants et à l’Assemblée générale. Par ailleurs, dans chaque secteur, les sœurs sont invitées à prendre part aux activités et campagnes lancées par le Réseau.

Le 19 mars 2013, s’est tenue l’Assemblée générale et en même temps la célébration du 25ème anniversaire de la fondation de l’Antenne de France du Réseau. A cette occasion une table-ronde a été organisée animée par J.C. Ploquin.

Parmi les intervenants,
Mgr Portella- Mgr Portella, ancien vicaire général de Pointe-Noire, actuellement évêque de Kinkala et Président de la conférence des Evêques du Congo,
- un jeune doctorant chargé de cours à la Sorbonne,
- un Camerounais du Réseau Foi et Justice du Cameroun et
- une sœur du Secrétariat européen du Réseau.

Difficile de résumer les échanges d’une table-ronde, j’ai surtout retenu les propos de Mgr Portella avec qui j’ai eu l’occasion de travailler pour la formation et l’animation des communautés de quartier, quand il était vicaire général à Pointe-Noire. En voici quelques extraits :

« Cinquante ans après les indépendances, l’Afrique est encore à la case départ. C’est dur ».
« Ma conviction, c’est que tant que les populations ne se mettent pas debout, tant qu’elles n’ont pas pris conscience de leur situation, qu’elles n’arrivent pas à analyser la cause de leurs misères, alors, il est difficile qu’un processus de développement sérieux, solide, définitif, se mette en place.
Que dire de cette Afrique ? Nous avons un devoir de lucidité
« Nous connaissons beaucoup de crises, beaucoup d’impasses ».
« Depuis les indépendances, nous avons été submergés par plusieurs théories de développement … Il y eut une vision libérale selon laquelle nous avions un retard à rattraper par rapport aux nations développées. Une vision progressiste qui dénonçait l’échange inégal et la dépendance dans laquelle étaient maintenues les économies du sud. Les échecs, les impasses, nous ont conduits à élargir la notion de développement.

« Sans liberté, le développement est incomplet »
_ « Le développement est un processus global qui comporte plusieurs dimensions. La première est économique. La deuxième est politique  : il faut une volonté des dirigeants et une adhésion des populations, ce qui signifie, que sans liberté, le développement est incomplet. Et qu’il faut un système démocratique pour que le développement se produise ».
La troisième dimension est culturelle  : La croissance économique dépend de l’adaptabilité des populations… L’avenir est lié à l’engagement des Africains eux mêmes et cela suppose une approche culturelle du développement. Il faut que les populations se sentent concernées. Et donc qu’elles puissent participer à l’élaboration, à l’exécution, et à l’évaluation des projets qui les concernent. Cela induit un véritable partenariat entre les agents de l’État, les agents extérieurs au pays, et ces populations. Et cela exige une attention aux modes de vie, de pensée et d’agir des gens. À l’occasion d’un tel partenariat, les populations peuvent prendre conscience de leur propre culture et la questionner : c’est la source de la créativité.

A cela s’ajoute le fait que la plupart de nos pays africains continuent à connaître le cauchemar des guerres, des conflits ethniques, des élections truquées.
L’Église doit être un des acteurs de ce mouvement. Avec son poids pédagogique, elle a la mission de contribuer à la réappropriation et à la conscientisation à leurs propres cultures des populations… Il s’agit notamment de partir de ce que les gens savent pour qu’ils aillent ensuite vers de nouvelles connaissances. Il faut pour cela un système éducatif participatif.

La société civile est un autre acteur important. C’est le moyen pour le peuple d’être maître de son propre destin. De nombreux mouvements émergent et sont parfois détournés par les autorités. Des objectifs très nobles sont parfois pervertis. Malgré ces faiblesses, c’est par les organisations de la société civile que pourra être réalisée la conscientisation.

Enfin, il y a les réseaux de solidarité clairvoyante ajoute Mgr Portella, qui a soutenu de nombreuses campagnes internationales comme « Publiez ce que vous payez ». « Ces réseaux sont très importants pour contrer le poids de telle ou telle puissance politique, économique, ou idéologique. Ils aident à empêcher que soit entravé le développement des populations" .

La population doit s’approprier les nouveautés technologiques
_ L’Afrique aujourd’hui regorge de ressources naturelles. Elle a son propre génie culturel. Dans le monde globalisé, où les niveaux économiques et technologiques sont très élaborés, une population marginalisée est condamnée à la marginalisation si elle ne s’approprie pas ces nouveautés. Mais il faut que cela vienne d’elle.
Est-elle en mesure de prendre ses responsabilités ? Il suffit parfois de peu, de la conscience de l’injustice. Les pauvres sont pauvres car ils sont victimes de l’injustice. Or ils sont souvent emmurés dans un système tel qu’ils ne peuvent agir ».
Qui pourrait s’occuper de leur redonner courage  ? L’Église est bien placée. Elle peut participer à la formation de communautés ecclésiales de base. Éveiller les gens, c’est notamment le rôle de ‘Justice et paix’. Leur permettre de prendre conscience des injustices, ne serait qu’à l’échelle d’un quartier.
Il faut aussi « Oser demander des comptes aux autorités »
« La question n’est pas de chercher à remplacer des dirigeants. Aujourd’hui, de toute façon, il n’y pas d’alternative. Mais il faut aider le développement de pratiques démocratiques pour que des gens émergent, pour que la population ose demander des comptes aux autorités qui, aujourd’hui, peuvent se permettre tout ce qu’elles veulent.

« Le pape nous recentre sur l’option préférentielle pour les pauvres »
En expliquant qu’il souhaite une Église pauvre au service des pauvres, le pape nous recentre tous sur ce travail missionnaire ecclésial. L’option préférentielle pour les pauvres avait été décidée au concile Vatican II, déjà. Le combat pour la justice fait partie intégrante de l’affirmation de l’Évangile ».

G. Lebreton IMC Rennes

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